Justice

Assurer la sécurité des habitant·e·s de Melun ? Ma réponse au Parisien

@SébastienMarchal

Vous trouverez ci-dessous l’intégralité de ma réponse au Parisien 77 qui me demandait mon « avis sur la politique de sécurité de Louis Vogel » :

Assurer la sécurité des habitant·e·s de Melun demande de savoir de quoi on parle et réclame une réponse qui articule plusieurs domaines d’intervention des politiques publiques.
De quoi parle-t-on ?
La délinquance est en baisse. Tous les indicateurs reculent sauf les cambriolages. Tous les indicateurs reculent et dans tous les quartiers. Or, ce phénomène n’est pas propre à Melun mais s’observe sur l’ensemble du territoire national. Autrement dit, Louis Vogel n’a aucun mérite ici.
La question qui se pose alors est pourquoi a-t-il fait de la sécurité un enjeu central de son mandat ?
Parce qu’il y a intérêt. Louis Vogel porte un projet politique très inégalitaire au plan social et anti-écologique. Occuper l’espace médiatique en parlant à longueur de temps d’insécurité et, ce faisant, alimenter le sentiment d’insécurité de la population est une stratégie de diversion bien connue.
Pendant ce temps là, il évite de parler de la seule insécurité qui augmente à Melun et fait des dégâts remarquables : l’insécurité sociale.
Et on comprend bien pourquoi ! Tous les choix politiques de Louis Vogel aggravent l’insécurité sociale dans la ville : hausse de 12% des impôts locaux en début de mandat, hausse des prix de tous les services publics municipaux, refus de l’extension du quotient familial à tous les services municipaux, abandon chronique des quartiers populaires, mépris de l’avis de leurs habitant·e·s, absence de soutien aux associations de lutte contre la pauvreté, le mal logement, les violences faites aux femmes, etc.
Louis Vogel mène une politique anti-sociale et soutient un gouvernement qui démantèle l’Etat social (ordonnances travail, contre-réforme de l’assurance chômage, contre-réforme des retraites, contre-réforme de l’éducation nationale, manque de moyens chronique pour la justice, désengagement de l’hôpital public et de l’ensemble des corps constitués qui oeuvrent dans le sens de l’intérêt général : Pompiers, Office national des forêts, etc. Une politique, responsable de la paupérisation de la population et qui, dans une ville comme Melun, déjà pauvre, frappe de plein fouet nombre de nos concitoyen.ne.s. Ce qui n’a pas empêché Louis Vogel de quémander l’investiture du parti présidentiel (La République En Marche) pour les élections municipales.
Dès lors, pourquoi a-t-il investi tant d’argent public dans le doublement des effectifs de la police municipale, son armement et l’installation et la maintenance à terme des quelques 80 caméras de vidéo surveillance ?
Les melunais.e.s doivent savoir que l’enveloppe globale pour les seules caméras de vidéo-surveillance s’élève au moins à 1 million d’Euros (installation et maintenance) et c’est sans compter la vidéosurveillance des bailleurs et les caméras déployées par la communauté d’agglomération.
Les melunais.e.s doivent savoir aussi que le recrutement des policiers municipaux a signifié la baisse des effectifs des agents municipaux dans tous les autres services et, par conséquent, une dégradation du service pour les usagers, des conditions de travail des agents et un recours accru à du travail précaire (comme les vacataires de la médiathèque).
Cette politique a un coût très élevé et grève les finances publiques. Pour quel résultat ? Je l’ai dit en introduction. La délinquance baisse partout, à Melun comme ailleurs, et ceci n’a rien à voir avec cet équipement sécuritaire.
Dès lors, à quoi sert-elle ?
Son premier objectif, le plus évident, est de servir les intérêts des entreprises de la « sécurité », essentiellement des armateurs et des GAFAM, ceux qui développent les techniques d’intelligence artificielle indispensables à la surveillance de masse.
Son deuxième objectif, est de servir au contrôle de la population en général, et des habitants des quartiers populaires en particulier (que notre maire contribue à représenter comme « dangereux »). Car il s’agit en réalité de se doter d’un arsenal qui permette le contrôle des populations dont les élites économiques et ceux qui les servent politiquement comme Louis Vogel anticipent les manifestations contre la destruction de l’Etat social et de leur environnement. Il suffit de regarder ailleurs pour voir exactement à quoi servent ces caméras qui seront bientôt équipées de la reconnaissance faciale que Valerie Pécresse, une autre « amie » du maire, présidente de la région IDF, dit vouloir expérimenter dans les transports en commun.
Cette politique est totalement inefficace au plan de la sécurité des personnes et des biens. Elle sert, d’une part, à faire gagner beaucoup d’argent aux entreprises qui fabriquent ces technologies et, d’autre part, à mater les révoltes populaires du type gilets jaunes qu’on voit grandir partout alors que le capitalisme en récession reprend tout ce qu’il avait cédé faute de croissance économique. 
 
Loin de nous rassurer, cette politique devrait terriblement nous inquiéter. Car, tandis que les conditions de vie de la grande majorité d’entre nous se détériorent, le plus grand risque que ce modèle économique fait peser sur nous, en dehors du dérèglement climatique, est bien celui d’une guerre des élites économiques contre des populations appauvries privées de toute capacité d’agir sur les territoires qu’elles habitent. C’est déjà le cas avec les gilets jaunes : 2.495 manifestant.e.s ont été blessées (chiffres au 4 octobre), 24 personnes ont été éborgnées et cinq ont eu la main arrachée, 10 718 gardes à vue et 2000 condamnations.
 
Pendant ce temps là, le trafic de drogue prospère. Les chiffres attestent dune hausse de la consommation et vraisemblablement de la production puisqu’à l’importation illégale du Maroc essentiellement (pour le cannabis) ou d’Amérique du Sud (pour la cocaïne) s’ajoute maintenant la croissance d’une production locale. Ces trafics ne relèvent pas de la délinquance mais d’une criminalité organisée. Seule la police nationale a les moyens d’intervenir. Or plutôt que de réclamer au gouvernement des moyens supplémentaires pour que la police puisse faire son travail d’enquête, de démantèlement et d’arrestation, Louis Vogel cautionne son désengagement en nous faisant payer deux fois pour le même service : une fois pour la police nationale, une fois pour la police municipale.
 
En outre, et de nombreux exemples à l’étranger le prouvent, nous savons que la lutte contre les trafics de drogues et la violence qu’ils entrainent doit, pour être efficace, articuler prévention et répression. La mairie ne mène aucune politique de prévention et s’avère totalement inefficace en terme de répression. Bien sûr, il est toujours possible de communiquer sur l’arrestation de quelques trafiquants mais la réalité est que le trafic de drogue augmente et avec lui, les armes de guerre en circulation. Les raisons sont évidentes : il représente la seule source de revenus disponible pour une part grandissante de notre population exposée au chômage et à la pauvreté. D’autre part, il est avec d’autres business illégaux (comme la gestion illégale des déchets) un espace de non droit où la logique capitaliste poussée à l’extrême permet des profits extraordinaires. 
 
Bref, là encore, Louis Vogel fait de la communication tandis qu’il ne met rien en oeuvre pour répondre efficacement au trafic de drogue qui détériore les conditions de vie des habitant.e.s des quartiers populaires et qu’il ignore les conditions qui produisent l’insécurité dont il oublie volontairement la dimension sociale.
Bénédicte Monville

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s