L'agglomération Melun-Val de Seine (CAMVS)

T Zen 2 : les très mauvaises raisons d’un report du projet ! Entre inconscience et satisfaction des intérêts des multinationales du béton, de l’automobile et du transport routier, nous dénonçons des politiques rétrogrades, anti-sociales et anti-écologiques et alertons nos concitoyen-nes sur les dangers pour notre territoire et ses habitant-es.

Entre inconscience et satisfaction des intérêts des multinationales du béton, de l’automobile et du transport routier, nous dénonçons des politiques anti-sociales et anti-écologiques, fondées sur une conception rétrograde de l’aménagement du territoire, qui poussent aujourd’hui le Département de Seine-et-Marne et Île de France mobilité, soutenus par la députée LERM du canton de Melun et le maire LR de Dammarie-Les-Lys, à différer les travaux nécessaires à la mise en circulation du bus en site propre dit T Zen 2 sur son tronçon sud. Leurs raisons sont contraires à notre intérêt général et si leurs ambitions devaient aboutir, la vulnérabilité de notre territoire et de ses habitant-es face aux enjeux sociaux et écologiques liés au réchauffement climatique serait dramatiquement augmentée. 

Le département de Seine-et-Marne, maître d’oeuvre de l’opération T Zen2 depuis 2012, vient d’annoncer sa décision, en concertation avec Île de France-Mobilités (ex-STIF) de « différer la réalisation du tronçon sud du T Zen 2 en raison des importants problèmes de trafic affectant la ville de Melun ».

Nous avons toujours dit notre opposition au projet de T Zen 2 malgré notre engagement pour une réduction drastique du trafic routier et un report modal maximum (vous pourrez lire nos raisons ci-dessous dans le texte que nous avions publié au moment de l’enquête publique qui s’est déroulée entre septembre et octobre 2013).

Pourtant, malgré les réserves que nous exprimions, nous les écologistes-sociaux, celles d’une majorité de commerçant-es de la ville et des associations environnementalistes, ce projet était adopté par le Département le 27 juin 2014 et la déclaration d’utilité publique signée par la préfète de Seine-et-Marne le 30 juillet 2014.

Nous obtenions quand même l’engagement que ce très grand bus ne roule pas au diésel !

Cette bataille était perdue mais nous insistions sur ce qui nous semblait une folie le passage du T Zen par le centre ville de Melun. Nous proposions alors que son trajet soit revu et détourné sur la pénétrante. Ce qui permettait aux villes et quartiers situés au nord de la ville une desserte rapide et efficace de la gare de Melun tout en préservant Melun et ses habitant-es des nuisances inévitables liées à la disproportion entre l’engin et la configuration du centre ville. Nous proposions aussi de positionner une station à la hauteur du boulevard Chamblain de manière à permettre la desserte du centre-ville et sa connexion rapide à la gare. Nous ajoutions qu’il convenait de redéfinir les trajets des autres bus  de manière à permettre des interconnexions avec le T Zen.

Nos demandes restaient lettre morte.

Pourtant, si nous pensons que la décision du Département de Seine-et-Marne et d’Île de France Mobilité doit permettre de rouvrir le débat, nous alertons sur les mauvaises raisons invoquées par ses acteurs : « Le Département de Seine-et-Marne laisse ainsi du temps aux études et aux premiers travaux (contournement, ponts) indispensables tant à l’accueil du T Zen 2 dans des conditions optimales qu’au développement harmonieux du territoire melunais.« 

Pour ne rien dire du temps et de l’argent gaspillés en études multiples, point sur lequel revient le maire de Melun Louis Vogel dans son communiqué et pour le coup nous ne pouvons que lui donner raison. De la même manière que nous le rejoignons pour nous offusquer de la manière pour le moins cavalière qui a consisté à ne pas l’avertir et lui laisser apprendre la nouvelle par voie de communiqué, lui le maire de Melun !

De mauvaises raisons donc reprises en fanfare par la députée du canton de Melun Aude Luquet et le maire de Dammarie-Les-Lys Gilles Batailles : « (…) afin de prendre en compte les aménagements futurs des infrastructures nécessaires la mise en place d’un projet de cette envergure : contournement, création de ponts (vous noterez le pluriel), du pôle gare, de parkings relais… (vous noterez les points de suspension) »

Doit-on s’en étonner de la part de deux membres de formations politiques, respectivement La République En Marche et Les Républicains, qui partagent une même conception totalement rétrograde, anti-sociale et anti-écologique, de l’aménagement du territoire.

Autrement dit, ce report des travaux du tronçon sud du T Zen 2 n’intervient que pour apporter une raison supplémentaire à la construction de ponts et de routes dont on sait très bien qu’ils aboutiront à une augmentation irresponsable du trafic routier dans notre agglomération et à la destruction des espaces de nature (bois, champs, friches, etc.) comme on l’observe déjà au nord de Melun avec la disparition des bois situés sur la butte de Beauregard, la construction du Santé-Pôle, du barreau nord, de plusieurs nouveaux ronds-points et nouvelles routes.

Nous sommes inquiets de cette fuite en avant de celles et ceux qui nous gouvernent aujourd’hui et nous dénonçons leur hypocrisie. Ils invoquent « la préservation de notre environnement et de notre cadre de vie » alors même que les politiques d’aménagement qu’ils soutiennent aboutiront à leur détérioration ! Mais s’ils disaient les choses telles qu’elles sont, il est peu probable qu’ils réussiraient à emporter l’adhésion d’une majorité de la population à leur projet :

Le contournement, les ponts, les nouvelles routes projetées aboutiront à la destruction d’une partie du bois de Bréviande, à l’artificialisation d’une grande partie des terres encore perméables et boisées de notre territoire et par conséquent à son affaiblissement face aux grands risques climatiques qui le menacent : chaleur, sécheresse, inondations. 

Nous alertons nos concitoyen-nes. Le report du projet doit permettre de rouvrir les discussions mais nous condamnons fermement les raisons du Département et d’Île de France mobilité, rejoints par Aude Luquet et Gilles Batailles.

Ces raisons sont contraires à notre intérêt général et si leurs ambitions devaient aboutir, la vulnérabilité de notre territoire et de ses habitant-es face aux enjeux sociaux et écologiques liés au réchauffement climatique serait dramatiquement augmentée. 


Vous pourrez lire ci-dessous le texte que nous avions écrit et publié au moment de l’enquête publique qui dura du 23 septembre au 26 octobre 2013.

Nous rappelons que les premières études ont été ont commencées en 2001 et le projet approuvé dans son principe par l’assemblée départementale en novembre 2007.

Nous avons besoin de transports en commun efficaces cela ne fait aucun doute mais nous avons besoin de transports en commun écologiquement utiles. Or non seulement le TZen est un bus de 18m au diesel (pour l’instant) dont l’impact en terme de pollution dans la ville sera très nocif mais son déploiement n’est pas compatible, de l’avis même de ses promoteurs, avec un aménagement de pistes cyclables sur son parcours. D’autre part, le coût écologique d’un tel ouvrage est énorme : matières premières et énergies mobilisées, terres artificialisées, impacts sur la biodiversité, pollutions diverses liées au chantier, etc.

Nous avons besoin de transports en commun efficaces cela ne fait aucun doute mais nous avons besoin de transports en commun socialement utiles. Or le TZen a été conçu pour alimenter en consommateurs-trices les zones commerciales qui ont été construites tout au long d’un axe qui va de Melun à Carré Sénart. Il s’agit d’orienter les habitants vers les espaces commerciaux périurbains développés au détriment des centres-villes et des terres agricoles artificialisées sans même que soit posée la question sur le long terme de l’alimentation des populations franciliennes. Ce modèle de développement, destructeur de l’environnement, répond à un projet de société complètement dépassé : la société de consommation de masse où l’individu, réduit à n’être qu’un consommateur, perd totalement de vue la réalité les rapports de production et de domination qui sont au fondement d’un tel modèle. Des rapports de production qui creusent les inégalités au sein de notre pays et entre les pays et génèrent une triple insécurité sociale, environnementale et civile.

Nous n’avons pas besoin de consommer plus. Nous avons besoin de consommer mieux et moins. Le Tzen est une oeuvre extrêmement coûteuse pour les contribuables (174.3 millions d’euros hors taxes, valeur estimée en janvier 2011) alors même que les politiques d’austérité font reposer l’essentiel de l’effort fiscal sur les classes moyennes et populaires. Car si l’Etat prive les collectivités territoriales de dotations et poursuit une politique sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale d’allègements fiscaux en faveur des grandes entreprises et des grandes fortunes, la pression fiscale (impôts directs et indirects) pour les classes moyennes et populaires augmente considérablement et le coût des services publics locaux également.

Le Tzen ne donnera pas de travail sinon de manière extrêmement ponctuelle aux ouvriers qui auront en charge sa construction. Or, là encore, on connait les multiples « entorses » au droit du travail de la part des grandes entreprises d’aménagement du territoire et à leurs sous-traitants soumis à des conditions de mise en concurrence extrêmement dures. Car le Tzen favorise le secteur des services et du commerce de la grande distribution globalement en récession économique depuis la crise de 2008. Nous savons très bien que pour créer de l’emploi nous avons besoin, au contraire, de réindustrialiser nos territoires, d’y développer l’agriculture et l’artisanat de proximité.

Dans une société où le travail constitue le principal moyen d’inclusion sociale nous avons besoin de revenir à un mode de développement pourvoyeur d’emplois. Dans un monde où les matières premières sont limitées nous avons besoin de revenir à un modèle de développement économe qui recycle, réutilise, répare. Cela passe nécessairement par la relocalisation de l’activité économique et la décroissance des activités socialement et écologiquement inutiles et nuisibles.

Le Tzen s’inscrit en plein dans ces activités socialement et écologiquement inutiles et nuisibles d’autant que le renforcement des lignes de bus existantes et le développement concerté sur l’ensemble du territoire Melun-Sénart des mobilités douces suffirait à rendre le service en effet nécessaire d’une amélioration de certaines dessertes, en particulier d’un désenclavement (urgent!) des quartiers nord de la ville de Melun.

Mais ma critique va plus loin et porte aussi sur la disparition, avec les centres-villes vivants, d’espaces publics communs conçus en tant qu’espace où la diversité, les divergences, les oppositions portées par des individus et des groupes reconnaissables se rencontrent et se confrontent et qui constituent la condition même de la démocratie. Ces centres commerciaux périphériques ne sont pas des espaces publics, ce sont des espaces privés et, en plus de correspondre à ce que Marc Augé appelle des non-lieux, ils sont contrôlés par des polices privées. Nous n’y trouverons jamais un SDF, il ne s’y déroulera jamais aucune manifestation, nous n’y verrons jamais le verso de la carte postale : les tonnes de déchets, l’exploitation des travailleuses/eurs qui produisent souvent à l’autre bout du monde ce que nous y achetons, la fatigue d’employé-e-s du secteur des services soumis à la lumière artificielle, au bruit, à la climatisation et dont les salaires sont ridiculement bas, tout comme nous ne verrons jamais le gaspillage énergétique que ces espaces représentent. Le/la consommateur/trice doit pouvoir s’adonner à ce que ce modèle de développement nous présente comme le sommet de la réalisation de soi, la consommation, sans que rien ne vienne perturber sa quiétude.

Ces espaces privés et aseptisés construisent une représentation totalement fausse du monde dans lequel nous vivons mais qui finit par s’imposer dans les imaginaires comme une réalité, ce que j’appelle l’imaginaire play mobile, et participe à l’atonie politique du monde social. L’inverse de la démocratie.

Bénédicte Monville

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