La région Île de France

Budget 2019 pour les lycées, la région soutient toujours plus les lycées privés quand la situation des lycées publics est globalement problématique

Intervention de Bénédicte Monville en Séance du Conseil régional d’Île de France aujourd’hui à propos du budget 2019 pour les lycées, deuxième compétence régional en rang d’importance, proposé par la majorité de Valérie Pécresse.

Mme La présidente, Mme la Vice-présidente

Je ne reviens pas sur la baisse globale par élève de votre dotation générale de fonctionnement des lycées publics déjà soulignée par mes collègues et contrairement à ce que vous affirmez. Je voudrais insister sur la philosophie générale qui vous anime quand il s’agit d’éducation secondaire. Une philosophie énoncée dès la deuxième phrase de votre exposé des motifs où vous y mettez sur le même plan les lycées publics et les lycées privés franciliens. Et en effet, vous avez étendu la contribution régionale aux lycées privés, jusque là limitée au règlement du forfait d’externat, à plusieurs aides que vous avez instituées et qui privent le service public d’éducation de plusieurs millions d’euros : aide à la rénovation des lycées privés, aide à la sécurisation des lycées privées, aide à la demi-pension et aide à l’acquisition de manuels scolaires pour les lycéen-nes des lycées privés. Déjà, le budget 2018 multipliait par deux les dépenses régionales que vous avez introduites pour la rénovation des lycées privés (2M en 2017, 4M en 2018), le budget 2019 propose carrément de multiplier cette aide par 3. Et votre groupe Les Républicains, non content que vous offriez 6M d’euros aux lycées privés pour leur rénovation, a l’indécence de présenter un amendement qui réclame que vous leur accordiez 2M supplémentaires au nom de l’égalité entre les lycéens. A contrario, l’argent accordé pour la rénovation ou les travaux de maintenance des lycées publics baisse. Quant à votre budget d’investissement, il n’augmente que grâce à la programmation de deux PPP (Pierrefitte et Palaiseau) à propos desquels la cour des comptes, le Sénat et maintenant le CESER, qui relève entre autre la rémunération très importante du cocontractant, nous ont plusieurs fois mis en garde.
Pourtant, les difficultés dans les lycées publics ne manquent pas. Et si vous aviez été attentive aux revendications des lycéen-nes plutôt que d’appeler avec zèle à la répression d’un mouvement légitime vous auriez entendu qu’à côté de leur demande de suppression de parcours-sup et de la réforme du baccalauréat, plusieurs revendications ciblaient explicitement des manques criants dans l’entretien ou le personnel qui relèvent bien des compétences régionales.
Parmi les griefs qui rendent la vie de la communauté éducative difficile et pèsent sur les conditions d’études des élèves franciliens des lycées publics, je ne donnerai que quelques exemples significatifs :
Le nombre d’agents régionaux dans les lycées baisse, départs en retraite ou congés maladie non remplacés, alors même que le nombre d’élèves augmente. Par exemple, les enseignants du Lycée Jean Vilar de Meaux remarquent que plusieurs agents en arrêt maladie ne sont pas remplacés. Le lycée Pierre de Coubertin à Meaux n’a pas de personnel d’accueil et les enseignants notent qu’il manque au moins 5 agents. Vous qui avez fait de la sécurité des lycées une priorité, vous semblez vous accommoder sans sourciller d’une situation où un lycée n’a pas de personnel d’accueil. Croyez-vous que la multiplication des caméras de video surveillance dans les lycées que vous installez dedans et dehors et pour lesquelles vous dépensez sans compter pourra se substituer à la présence humaine. Certains établissements ont perdu jusqu’à 30% de leurs agents régionaux. Ce qui signifie que le nombre de m2 à entretenir les tâches à accomplir par agent augmente et que leurs conditions de travail se dégradent du fait d’un surcroit de travail important.
Les difficultés dans les cantines se multiplient : dégradation des conditions d’accueil des lycéens, manque de formation des personnels, espace de travail inadapté, qualité médiocre des repas. Sur cette question là en particulier, nous vous avons alerté mainte fois et proposé plusieurs amendements pour y remédier, toujours refusés. C’est le cas pour ne prendre que deux exemples dans les lycées Charles de Gaulle à Longperrier ou Flora Tristan à Montereau.
Des locaux trop exigus, des bâtiments vétustes, des préfabriqués « provisoires » qui durent d’autres qui sont installés sans que des solutions pérennes soient proposées, des lycées en situation de sureffectif. Le lycée Jean Zay à Aulnay sous bois ou Pierre de Coubertin à Meaux dont les professeurs disent qu’il est insalubre, dangereux et totalement inapproprié à l’accueil de 2000 élèves et 200 professeurs et personnels.
On ne compte plus les doléances restées sans solution à propos d’installations ou de matériel informatiques obsolètes, défaillants, bien trop limité. Trois exemples seulement : Dammarie les lys, G. Sand au Mée sur Seine, Nerval à Noisiel. Dans certains établissements publics les problèmes informatiques récurrents transforme cet outil technologique en contrainte et font perdre beaucoup de temps à tout le monde. Pour ne rien dire des travaux pour l’accessibilité qui ne sont pas faits, les pannes prolongées d’ascenseur ou carrément l’absence d’ascenseur comme au lycée Léonard de Vincy à Melun. Pour ne rien dire non plus de l’aberration en termes d’efficacité énergétique et d’économie d’échelle quand on rénove des fenêtres au compte goutte comme au lycée Simone Weil à Paris. Pour ne rien dire encore des petits dysfonctionnements qui compliquent la vie quotidienne dans les lycées publics et qui vont de l’absence de store aux fenêtres, au non remplacement de photocopieuses défectueuses, au manque de vestiaires comme au lycée Moissan de Meaux. Or, là encore les subventions directes que la Région accorde aux lycées publics sont en baisse. Ce qui signifie moins d’autonomie pour les lycées et donc moins de réactivité dans la gestion des travaux mineurs qui demandent une intervention rapide.
Il est à noter également, une gestion des lycées souvent sans concertation des personnels qui aboutit parfois à des situations ubuesques par exemple au lycée Bussy St Georges en Seine-et-Marne où des écrans diapo ont été retirés alors qu’ils étaient utilisés par les professeurs et un tableau blanc installé en salle de physique alors que ces mêmes professeurs n’en voulaient pas. Ou encore, la décision de vendre l’an dernier une partie du terrain du lycée Léonard de Vincy à Melun pour y construire des logements alors que ce terrain était utilisé par les professeurs à des fins pédagogiques et de sécurité.
On remarque également que la lutte contre les discriminations a disparu et qu’elle est remplacé par la « dé-radicalisation » qui arrive en troisième position des préoccupations régionales après le décrochage scolaire et l’orientation et avant la lutte contre les formes d’addiction ! Mme La présidente vous semblez ignorer ou feignez d’ignorer que les discriminations sont un facteur d’exclusion et que l’exclusion est un des éléments communs à de nombreux parcours singuliers marqués par la radicalisation. En conséquence, vous prétendez répondre à un phénomène grave mais heureusement extrêmement minoritaire en supprimant les financements régionaux à la lutte contre les discriminations alors qu’elles constituent pour partie la cause dece phénomène et qu’au delà, par leur importance dans notre pays, elles représentent pour les individus concernés un puissant vecteur d’échec, de mésestime de soi, de marginalité et, pour notre société tout entière, un vecteur de dissension entre des groupes sociaux qu’elles instituent sur la base du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie ou de la LGBTI-phobie. Par conséquent votre politique nous condamne à voir le phénomène auquel vous prétendez apporter des réponses s’amplifier.
Alors pourquoi Mme la présidente avoir fait le choix de priver les lycées publics d’un argent nécessaire, qu’on en juge par les quelques exemples que j’ai apporté à la discussion, en l’orientant vers d’autres priorités de votre majorité ou pour le donner aux lycées privés. Parce que, conformément à l’idéologie libérale dont on ne cesse de mesurer les effets catastrophiques sur nos sociétés en termes de progression des inégalités, d’accroissement de la pauvreté, d’exposition aux pollutions multiples, de notre vulnérabilité face au climat, etc. conformément à cette idéologie rétrograde et de plus en plus réactionnaire l’éducation représente un marché potentiel et une occasion d’enrichissement. Parce que contrairement à ce que vous avez affirmé plus tôt plusieurs de ces lycées privés en contrat d’association sont adossés à des groupes qui diversifient leur offre d’éducation en ouvrant des formations hors contrat qui génèrent des bénéfices substantiels. Dans cette optique la technique est toujours la même, affaiblir le service public, communiquer sur les difficultés que rencontre les usagers en les lui imputant alors même qu’on les a créées, prétendre à la plus grande efficacité du privé et, en l’occurrence ici, encourager les stratégies d’évitement des familles. On le voit Mme la président vous n’avez que faire de l’égalité promise par la République malgré vos déclarations. Parce que cet horizon d’égalité se construit d’abord à l’école en garantissant à tous les élèves quelque soit leur situation sociale d’origine, quelque soit leur quartier ou territoire de résidence, les meilleures conditions d’études possibles et, en tout cas, les mêmes conditions à toutes et tous.

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