La vie à Melun

L’offensive pro-Linky à Melun s’accélère et plusieurs de nos concitoyen·ne·s nous disent avoir reçu une lettre les informant que le fa(fu)meux compteur intelligent allait être installé chez eux

La République de Seine et Marne nous avertissait dès le mois de mai, Enedis n’avait pas dit son dernier mot ! (La République de Seine et Marne)

L’entreprise, aidée par le maire de Melun qui s’était opposé à l’adoption de notre voeu contre le déploiement de Linky mais n’avait pas été suivi par sa majorité, a pratiqué un lobbying offensif et demande maintenant aux Melunais·e·s d’installer Linky chez eux.

Il existe trois raisons essentielles pour lesquelles nous avions à l’époque et pour lesquelles nous continuons aujourd’hui de demander que Linky ne soit pas déployé sur le territoire de la commune :

  • Le déploiement du compteur Linky coutera très cher alors que ses avantages en termes d’économie d’énergie sont contestés :
    • D’après l’UFC Que choisir, « Ces nouveaux compteurs qui, selon les estimations, vont coûter entre 4 et 9 milliards d’euros aux abonnés ne leur offrent aucun avantage déterminant. Les seuls grands gagnants, ce sont les fournisseurs d’énergie, qui vont pouvoir adapter leurs offres tarifaires, facturer au prix fort les périodes de forte consommation et faire payer le suivi de la consommation en option ! » (UFC Que Choisir). Ces chiffres ne tiennent compte ni du coût de la création de centres de gestion des données, gros consommateurs d’énergie, ni du renouvellement prévisible des dispositifs dans 5 à 10 ans.
    • Dans son rapport du 7  février 2018, la Cour des comptes pointe le coût particulièrement élevé du remplacement d’ici 2024 des 39 millions de compteurs électriques par ces nouveaux compteurs dits intelligents. Au 30 septembre 2017, un peu plus de 6,3 millions de compteurs Linky avaient déjà été installés. Au total, la facture doit s’élever à 5,7 milliards d’Euros, soit environ 130 euros par compteur installé. (Cour des comptes)
    • Un investissement qui est « in fine payé par le consommateur puisque tout investissement en matière de réseau de distribution et de transport est pris en compte […] dans le montant de la facture d’électricité du consommateur » (Bastamag). D’ailleurs, le coût exorbitant de Linky a déjà entrainé une forte augmentation de la taxe d’équipement dont on nous dit qu’elle est destinée aux énergies renouvelables. Pour autant et comme pour la taxe carbone, il est permis de douter du fait que la totalité des recettes engendrées sera effectivement reversée en investissements pour la transition énergétique. Ainsi « En 2016, sur 3,6 Mds d’euros de recettes [engendrées par la taxe carbone], 3 Mds ont permis de financer le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE), destiné à aider sans condition environnementale les entreprises françaises. » (Taxe carbone : construire un nouveau contrat politique, note de la Fondation pour l’homme et la nature voir sur son site une présentation sommaire de la note)
    • Le rapport de la Cour des comptes dit encore que Linky n’a pas fait la preuve qu’il permettrait une économie d’énergie et que les moyens disponibles pour les particuliers afin de mieux maîtriser leur consommation électrique ont connu « une diffusion très insuffisante ». La Cour note aussi que son déploiement aurait, pour l’instant, profité à Enedis. Un service qui devrait lui rapporter 500 millions d’Euros « au titre de l’avance effectuée ».
  • Le compteur Linky récolte des données sensibles dont on ne peut pas être assuré que leur utilisation sera soumise à un strict contrôle démocratique :
    • En 2012, en Allemagne deux hakers réussissaient à s’emparer des données transmises par des compteurs intelligents allemands et selon The Hacker News, « étaient en mesure, après avoir analysé les données, de connaître le nombre d’ordinateurs ou de téléviseurs dans la maison, le programme de télévision regardé, et si le film DVD en cours de lecture était protégé ou non par un copyright ! » (cité par Bastamag)
    • Même si la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a encadré strictement la collecte des données (nature des données collectées, identité des organismes collecteurs) ces précautions ne valent qu’à condition que leur application soit rendue obligatoire par la loi. Le risque que ces données soient collectées et utilisées en dehors de ce cadre juridique existe. Il existe ici et maintenant de la part d’entreprises intéressées par la collectes de nos données personnelles à des fins mercantiles, électorales, etc. Il existera demain si d’aventure la démocratie était défaite par l’avènement d’un régime autoritaire. Ce qui ne peut pas être définitivement exclu et encore moins quand on voit ce qu’il se passe dans certains pays d’Europe ou d’Amérique latine pour ne prendre que ces exemples là.
    • Autrement dit, certes les luttes anti-Linky ont permis que soit réaffirmée l’importance de la protection des données personnelles. Cependant, si leur utilisation a été encadrée par la CNIL, la technicité de l’appareil n’a pas été modifiée. Par conséquent, techniquement rien n’empêchera Enedis ou tout autre entreprise qui viendrait à utiliser ces compteurs d’agir frauduleusement et de commercialiser nos données comme Facebook récemment (Voir The New York Times et le reportage diffusé sur ARTE : Comment Trump a manipulé l’Amérique)
    • Le compteur Linky est bidirectionnel. Le compteur Linky est bidirectionnel. Il récolte les données mais peut aussi envoyer des informations pour ouvrir une ligne ou en modifier la puissance. Il peut aussi communiquer directement avec certains appareils connectés au réseau domestique d’électricité. Dans un futur très proche les appareils ménagers devraient être équipés d’un récepteur CPL (courants porteurs en ligne) qui permettrait à Enedis de les mettre en puissance réduite. Par exemple, Enercoop évoque dans son dossier le cas des radiateurs et des réfrigérateurs.
  • Les ondes émises par les compteurs Linky s’ajoutent à l’électropollution ambiante. Si effectivement le compteur Linky génère assez peu de radiofréquences, il n’en est pas de même des antennes des concentrateurs (regroupements locaux de plusieurs compteurs Linky) et des antennes GSM. «Une fois rassemblées dans un concentrateur, les données sont ensuite envoyées à un centre de traitement par la norme GPRS, la même que celle utilisée dans la téléphonie mobile. Or, les ondes électromagnétiques ont été classées par l’Organisation mondiale de la santé dans la catégorie 2B, c’est-à-dire « des agents peut-être cancérigènes pour l’homme ». « À l’occasion de l’expérimentation menée par ERDF en Indre-et-Loire, plusieurs personnes sur place se sont plaintes de nuisances, relève Étienne Cendrier. C’est de l’ordre du déclaratif, mais aucune étude d’impact sanitaire n’a été menée pour approfondir cette question. » (Bastamag)
    • Plusieurs actions juridiques sont en cours de la part de citoyens ou de collectivités. Aussi, il serait prudent d’attendre les résultats de ces actions avant de généraliser l’installation du compteur. (Le Figaro)
    • Même si l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) concluait en 2017 à des niveaux d’exposition faibles et inférieurs aux valeurs limites réglementaires malgré des durées d’exposition plus longues que celles initialement attendues et par conséquent à une faible probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants engendre des effets sanitaires à court ou long terme, dans la configuration de déploiement actuelle (voir ici), ces conclusions sont encore contestées. En particulier, par le Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM) qui continue lui de demander qu’une étude des rayonnements électromagnétiques (REM) émis par LINKY soit organisée par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME).
    • Imaginez ce que cela représente pour la santé des habitant·e·s d’un immeuble qui auraient sur leur toit les concentrateurs électricité, gaz, eau, etc. Pour éviter tout problème de santé publique, il serait nécessaire que toutes les communes disposent d’un plan de répartition et de régulation de ces antennes. Ce n’est pas le cas. Nous l’avons demandé pour Melun sans l’obtenir. 
    • Enfin, Enedis refuse toujours que le compteur Linky soit décortiqué et analysé par des bureaux techniques indépendants pour savoir ce qu’il contient réellement. En particulier sur les programmes de sa RAM (mémoire) et l’usage potentiel de sa prise complémentaire dont on sait seulement qu’elle sera utile plus tard (quand et pour quoi faire ?). Les études de test sur certains territoires ont été faites par Enedis et non par un organisme indépendant. Enedis reconnait dans toutes ses notices qu’il aura la possibilité de mettre à jour les programmes internes de Linky sans préciser ni leur contenu ni qui les validera. La solution honnête serait que les micrologiciels du Linky soient contrôlés par un organisme indépendant qui ferait la synthèse des fonctionnalités qui y sont présentes. Ce qui permettrait un contrôle citoyen de son fonctionnement. Il est aussi nécessaire que toute mise à jour du micrologiciel soit validée par l’usager (comme pour nos autres machines communicantes) sur la base de la fiche de fonctionnalités établie par cet organisme indépendant. On trouve des informations sur ces aspects là ici, et .

Pour ces trois raisons principales ; son coût, les risques pour nos données personnelles et pour la santé publique, auxquelles s’ajoutent les destructions d’emplois, la gabegie de matières premières et, dans une moindre mesure, des problèmes techniques toujours pas été réglé, comme le fait que le courant porteur perturbe le fonctionnement de nombreux matériels électriques, nous demandons que les usagers, comme c’est le cas en Allemagne puissent, s’ils le souhaitent, s’opposer à l’installation de Linky chez eux et que la ville de Melun respecte le voeu contre le déploiement du compteur Linky à Melun voté à notre initiative par le conseil municipal.

Récapitulatif des liens vers les documents cités dans cette note dans leur ordre d’apparition :

Quelques liens qui vous permettront d’aller plus loin :

 

2 réponses »

  1. Bonjour Claude,
    J’ai l’impression qu’on va aussi être concernés par Linky au Mée. On a reçu un doc.récemment. Que pourrais tu nous conseiller ? Amicalement, Christine Rasse (ex.Martigny, anciennement de Moissy)

    • Bonsoir, nous avons rédigé une lettre de soutien aux citoyen·ne·s qui souhaitent s’opposer à son installation chez eux et nous pouvons vous l’envoyer. J’imagine à vous lire que Claude a vos coordonnées. Sinon, vous pouvez nous envoyer votre adresse mail ici-même nous ne la publierons pas. Cordialement. Bénédicte

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s